mardi 21 octobre 2014

Le temple de Saint Sava à Belgrade

L'un des nouveaux symboles de la ville de Belgrade, depuis quelques années déjà, est le Temple de Saint Sava qui est situé dans la municipalité de Vračar (Vratchar).

Le temple de Saint Sava
Comme je vous l'ai déjà raconté dans mon billet sur la municipalité de Palilula, l'Allume Pipe, les municipalités de la ville de Belgrade portent des noms qui, pour la plupart, sont liés à des détails géographiques ou à des moments historiques. Le mot "Vračar" signifie "sorcier".

L'une des versions de l'origine de ce nom est liée à un personnage du XVIème siècle, renégat et infidèle, qui vivait dans une baraque à cet endroit. Cependant, il faut savoir qu'à cette époque, Belgrade était beaucoup plus petit qu'il ne l'est aujourdhui. Dans mon billet décrivant la Place de la République qui est aujourd'hui le centre ville, je vous ai parlé de la porte Stambol (Istanbul) qui se trouvait à l'endroit de la place actuelle et qui était alors pratiquement à la limite de la ville.

Le quartier de Vračar est déjà mentionné dans des documents de l'époque mais il ne se trouvait pas à l'endroit où il se trouve aujourd'hui. En fait, depuis la porte Stambol, la route pour Istanbul menait tout droit vers l'emplacement actuel du parc Tašmajdan et là, au bord de la route, se trouvaient un grand nombre de gitanes qui lisaient l'avenir dans la paume des mains des voyageurs. En ces temps-là, les voyages étaient plus qu'incertains si bien qu'une prédiction de l'avenir était toujours bonne à prendre. C'est donc à cause des gitanes diseuses de bonnes aventures et un peu sorcières que le quartier était appelé "sorcier": Vračar.

Durant l'occupation turque, le culte de Saint Sava était très fort en Serbie et, en 1594, en réponse à une insurgion du peuple contre les autorités turques, le Pasha Sinan ordonna que les restes du saint homme soient transportés à Belgrade depuis sa sépulture dans le monastère Mileševo et brulés en public, en tant que leçon au peuple serbe. La plupart des Belgradois vous diront que cet événement tragique eut lieu à l'endroit où se trouve aujourd'hui le temple dédié à Saint Sava. Cependant, vu la taille réelle de la ville à l'époque, il est plus probable que cet acte se déroula à l'emplacement actuel du Parc Tašmajdan, dans le Vračar d'antan.

Une fresque représentant Saint Sava dans le monastère Studenica
Saint Sava est né dans une famille de souverains. Son nom civil, avant de s'être fait moine était Rastko Nemanjić et il était le fils cadet de Stefan Nemanjić (Roi de Serbie de 1217 à 1228). À l'âge de 15 ans, il fut envoyé par son père dans une province au sud de la Serbie afin d'y forger son expérience de futur homme d'état. Il était prévu qu'il soit souverain, il a choisi de servir Dieu.

C'est pourquoi il s'enfuya  et se trouva refuge dans l'un des monastères de la Montagne Sacrée, en Grèce, qui est l'un des hauts-lieux de la religion orthodoxe. Quelques années plus tard, son père abdiqua et lui-même devint moine, prenant le nom de Siméon. Ensemble, ils construirent le seul monastère serbe sur la Montagne sacrée: Hilandar.

De prince, il devint moine, puis abbé principal du monastère Studenica, aujourd'hui sur la liste du patrimoine de l'UNESCO, construit par son père en 1190. Il fut homme de lettres, diplomate et premier archevêque de l'Église orthodoxe serbe autonome. Il est véritablement révéré en Serbie pour sa piété, sa modestie et sa sagesse. Il trouva la mort au retour de l'un de ses pélerinages en Terre Sainte, en 1236, sur le territoire de la Bulgarie. Du fait qu'il dédia sa vie à éduquer le peuple et à le rapprocher de la religion chrétienne, il est également considéré comme le Saint protecteur de l'Éducation, si bien que toutes les écoles en Serbie fêtent Saint Sava le 27 Janvier.

Fresques à l'entrée du temple
L'histoire de ce temple a commencé il y a bien longtemps, en 1895, lorsque fut créée l'association pour la construction du temple Saint Sava à Vračar, éxactement 300 ans après l'incinération des reliques du saint homme.

À l'endroit prévu pour la construction du temple se trouvait une petite église qui fut détruite. En 1905, lors du premier concours architectural, tous les plans soumis par les architectes furent refusés car aucun ne remplissait les conditions désirées pour faire honneur au saint homme. Les conflits balkans, puis la première guerre mondiale, stoppèrent toutes les initiatives. En 1926, lors du second concours architectural, le gagnant fut désigné et, en 1935, les premiers travaux commencèrent.

Cependant, à son tour, la deuxième guerre mondiale brouilla tous les plans. La construction qui mesurait déjà une dizaine de mètres de hauteur fut utilisée par l'armée occupatrice en tant que parking. À la fin de la guerre, le régime communiste ne lui fut pas plus favorable et le temple fut utilisé à différentes fins jusqu'en 1985, lorsque l'Eglise Orthodoxe Serbe obtenut finalement l'autorisation de continuer les travaux.



Sur le parvis où se trouve le temple, on peut également admirer un autre bâtiment religieux: l'église Saint Sava, construite en 1935, en un temps record de 57 jours. Elle est merveilleusement décorée et les fresques sur les murs et sous les coupoles sont les répliques de fresques faisant partie du patrimoine religieux serbe du moyen-âge. À l'arrière de l'église se trouve une statue représentant Saint Sava.

Le temple et l'église Saint Sava
Statue de Saint Sava
Détail de l'intérieur de l'église Saint Sava


Sur le plateau à l'avant du temple se trouve la statue de Karađorđe, grand nom de l'Histoire serbe, héro de la lutte contre les turcs et fondateur de la ligne royale Karađorđević. Đorđe Petrović de son vrai nom, il fut surnommé Karađorđe, Đorđe le Noir, par les turcs. J'aurai l'occasion de vous en reparler.

La statue du héro Karađorđe
Le temple dédié à Saint Sava est absolument magnifique. C'est le plus grand temple orthodoxe du monde et, bien que l'intérieur ne soit pas encore achevé, il est une escale obligatoire pour tous les touristes venant à Belgrade.